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margeGcentre Hermès, Collection privée
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En novembre dernier, Polo&Alumni a organisé, à l’attention exclusive de ses adhérents, la visite exceptionnelle de la Collection privée d’Hermès. L’histoire, l’émotion et la passion placées dans cette Collection nous ont subjugués. De même nous avons été touchés par l'attachement pour ces magnifiques objets de Madame Ménéhould de Bazelaire, en charge du patrimoine d’Hermès, par sa gentillesse et par sa patience. Raconter la beauté à travers le talent des artisans d’art et s’en inspirer… Conserver la beauté pour pouvoir la transmettre au futur… Cette visite nous a émerveillés. ADB

  

L'article d'Equestrio restitue superbement l'atmosphère de ce lieu magique… 


 
Ce n’est pas un musée mais le cabinet des merveilles qui, aujourd’hui encore, inspire les stylistes de la maison de la rue du Faubourg Saint-Honoré. L’endroit où se sont attardés, émerveillés, Matisse, Cocteau, Marie Laurencin, Patton et tant d’autres célébrités, sans être secret, ne fait l’objet d’aucune publicité. C’est le Saint des Saints, entièrement dédié au cheval et au voyage, et pourtant, vous n’y trouverez que peu d’objets siglés Hermès.




 
Une foule compacte se presse, comme à l’ordinaire. On palpe les soies et les cuirs, on échange quelques sourires, tandis qu’il faut taper le code de sa carte bancaire. Ce que le luxe et la mode excitent, l’élégance et le maintien le jugulent. Comme le ballet millimétré du personnel, sur lequel, depuis les cimaises, semblent veiller quantité d’oeuvres d’art.

C’est la fièvre, mais bien tempérée. On est chez Hermès. Rien ne détonne. Rien n’étonnerait non plus, sinon le talent, le métier... sinon ce vide au milieu du magasin, cette cage qui vous happe vers les étages supérieurs où l’on ne va jamais. Ou alors si, mais accompagné, pour les grandes occasions. En vérité, il suffirait d’en formuler la demande, à laquelle d’aimables sourires feraient bon accueil. Mais nul n’y songe. Chacun dans la fosse, affairé à ses achats, ignore le trésor qui niche au-dessus des têtes.

Là-haut, c’est le grenier des nobles faubourgs. Une vaste pièce lambrissée, un corridor, une antichambre articulés autour du fameux puits qui communique directement avec la ruche du rez-dechaussée, le tout bondé, jonché de babioles merveilleuses, figurines équestres et voitures d’enfant – le tricycle du prince impérial, une calèche à moutons... –, de trophées, de coffres, de malles, de modèles réduits de carrosses ou de stalles, de selles sur leur tréteau, de chevalets chargés de tableaux... Les murs s’effacent derrière les cadres et les panoplies de bouclerie ou de boutons de vénerie.





C’est à peine si l’on se sent l’aplomb d’inventorier le fourmillement des vitrines. Car tout ici voudrait scintiller, tinter et cliqueter, les mors antiques comme les étriers d’Amérique, et d’autres encore, de Russie ceux-là, dont vous remarquez tout haut la sole en forme de cloche, pour vous faire expliquer, incontinent, que pareil étrier pouvait servir de coupe – pouah ! –, mais qu’à défaut d’y porter les lèvres on pouvait s’y verser une exacte mesure de grain ou de poudre... Ha bon ! Vous restez coi.

Alors on vous achève en vous indiquant qu’entre deux chapeaux de postillon, bien grossiers, en carton bouilli, cette espèce de précieux réticule, là-haut, c’est le sac à main de Pauline Bonaparte ; que parmi des éperons acérés à vous réveiller la momie de Bucéphale, ce sont les nécessaires de voyage de la reine Marie-Amélie ou de Napoléon III...
 
Fournisseur des grands carrossiers.

C’est qu’il y a là tout ce que les élégants en partance doivent mettre dans leurs bagages : des gobelets à système, des chaufferettes, des couteaux à combinaisons multiples, des jeux aussi, comme cet adorable échiquier de voyage en ivoire, qui tint dans la manche d’un courtisan du Roi Soleil...

Et pour voyager, justement, toutes sortes de voitures attelées, en modèles réduits ou en dessins à la plume : là un omnibus, ici un petit fardier, mais surtout des carrosses, des voitures du dernier chic, des calèches et des victorias, des breaks, landaus et landaulets, des fiacres et des cabs, tantôt français, tantôts anglais, des tilburys et des phaétons, enfin tout l’almanach de la carrosserie parisienne, placardé aux murs du cabinet, rangé en liasses dans les tiroirs secrets...





L’accumulation ne surprend guère : sellier, mais surtout harnacheur, Hermès se posait d’abord en fournisseur des grands carrossiers, et ne manquait pas de figurer à leurs côtés dans les allées des étincelantes expositions industrielles dont le XIXe siècle se montra si friand.

Depuis sa fondation en 1837, la
maison Hermès avait accompagné l’apogée de la civilisation équestre. Paradoxalement, en effet, le siècle de l’industrie avait tout d’abord étécelui du cheval : attelé pour transporterles personnes et les denrées,le cheval halait encore pataches et péniches le long des canaux, tractai tles affûts d’artillerie et, dans l’obscurité des mines, les wagonnets de charbon, prodiguait enfin l’essentiel de la force motrice de l’outillage agricole moderne. Le cheval, on ne parlait alors que de lui, de l’art de le monter, de son élevage,de la spécificité des races, et cela aux champs comme à la cour.

Nicolas Chaudun
Photos Vincent Tfoin
 
 
 
 
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